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Road trip urbex vers les kasbahs oubliées du Haut Atlas

Le Maroc, terre d’urbex insoupçonnée

Non, l’urbex ne s’arrête pas aux usines désaffectées du Nord de la France. À deux heures de vol, le Haut Atlas marocain cache tout un chapelet de kasbahs éventrées, de villages fortifiés à moitié engloutis par la terre et de forteresses que plus personne n’habite depuis des décennies. Le point de départ ? Marrakech. La destination ? Un axe qui grimpe vers Ouarzazate, jalonné de ruines qui n’ont rien à envier aux châteaux abandonnés qu’on traque d’habitude en Europe. Sauf qu’ici, pas de forêt humide ni de grillage rouillé à contourner – juste de la pierre ocre, de l’altitude, et un silence qui pèse une éternité.

Kasbah de Télouet : le palais fantôme des seigneurs de l’Atlas

Premier arrêt logique, à environ 140 km de Marrakech : la kasbah de Télouet, ancien fief du pacha Thami El Glaoui. Construite à partir de 1860 puis considérablement agrandie sous son règne, elle a été pillée et abandonnée dès 1956, à la mort de son propriétaire – et jamais restaurée depuis. Perchée à environ 1 650-1 800 m d’altitude, elle ne se trouve pas sur un axe touristique classique : on y accède par une bifurcation de la route qui grimpe vers le col du Tizi n’Tichka, à 2 260 m, l’un des plus hauts passages routiers du Maroc.

C’est là que le road trip prend tout son sens. Aucun bus régulier ne dessert Télouet, et les taxis collectifs qui relient Marrakech à Ouarzazate empruntent la route nationale directe, pas la déviation vers la kasbah. Pour explorer ce genre d’endroit sans dépendre d’une agence ou d’un guide organisé, la location de voiture à Marrakech reste tout simplement l’option la plus réaliste – d’autant que la route continue ensuite vers d’autres ruines encore plus isolées.

À l’intérieur, le contraste est saisissant : façades décrépites, toitures effondrées par endroits, mais quelques salles conservent encore leurs zelliges et leurs plafonds en cèdre peint, témoins d’un luxe qui tranche complètement avec l’état général du bâtiment. Un classique de l’urbex, en somme – la beauté qui survit dans le délabrement.

La vallée d’Ounila : un chapelet de ksour à moitié en ruine

Depuis Télouet, une piste secondaire (la P1506) descend vers Aït Ben Haddou en traversant la vallée d’Ounila, ancienne route caravanière longue d’une quarantaine de kilomètres. C’est précisément cette portion que les transports publics évitent – bus et taxis collectifs préfèrent la N9, plus rapide – ce qui en fait un terrain quasi désert pour qui explore en voiture personnelle.

Quelques repères qui valent le détour :

  • Kasbah de Tamdaght : ancienne demeure Glaoui, aujourd’hui largement en ruine, accrochée à flanc de colline.
  • Anemiter : village ocre au bord de l’oued Ounila, connu pour avoir inspiré le peintre Jacques Majorelle.
  • Tazleft : une soixantaine d’habitations troglodytiques creusées dans la roche, alignées et superposées, autrefois occupées par des semi-nomades.
  • Aït Ben Haddou : le ksar le plus célèbre de la région, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1987 – encore partiellement habité, mais qui marque la fin (ou le début) logique du parcours.

Ce n’est pas un itinéraire balisé au sens où on l’entend en Europe : peu de panneaux, des carrefours qui prêtent à confusion, et des villages qui se ressemblent tous un peu depuis la route. Un GPS hors ligne ou une carte téléchargée à l’avance n’est pas un luxe ici.

Comment organiser ton road trip urbex en toute sécurité

Comme toujours en urbex, l’enthousiasme ne dispense pas de la prudence – et le Haut Atlas ajoute sa propre dose de contraintes :

  • Vérifie l’état du col du Tizi n’Tichka avant de partir : entre décembre et mars, neige et verglas peuvent ralentir, voire bloquer, la traversée.
  • Prévois un véhicule adapté aux routes de montagne (virages serrés, chaussée parfois dégradée sur la P1506) plutôt qu’une citadine basique.
  • À l’intérieur des kasbahs en ruine, méfie-toi des sols irréguliers et des escaliers étroits – chaussures fermées obligatoires, lampe frontale utile même en journée dans les pièces sans fenêtre.
  • Pars avec le réservoir plein : les stations-service se font rares une fois la route principale quittée.
  • Un guide local, souvent présent sur place à Télouet, permet de replacer chaque salle dans son contexte historique – une info qu’aucun panneau ne donne sur place.

Rien de tout ça n’est gérable en bus ou en excursion collective figée sur un horaire fixe. C’est le genre de road trip qui se vit à son rythme, avec la liberté de rebrousser chemin, de s’arrêter net devant une ruine qui n’était pas prévue au programme, ou de rallonger la route d’une heure pour un village qu’on vient de repérer.

Dernier arrêt avant de reprendre la route

Ce road trip entre Marrakech, Télouet et la vallée d’Ounila n’a rien d’un circuit touristique classique – c’est un itinéraire pour qui préfère la pierre qui s’effrite aux monuments restaurés. Les kasbahs y racontent une histoire précise (celle des Glaoui et de leur chute en 1956), les villages troglodytiques une autre, plus discrète, celle des semi-nomades qui y vivaient encore récemment. Entre les deux, des kilomètres de route de montagne où le seul bruit est celui du moteur et du vent.

De quoi transformer un simple aller-retour vers Ouarzazate en véritable session urbex à ciel ouvert – à condition de prendre le temps, de rester respectueux des lieux, et de garder un œil sur la météo du col avant de s’engager.

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